Église et la tour de Pise

Si la tour de Pise est un monument emblématique de l’Italie, c’est pour sa façon élégante de défier toutes les règles architecturales.

A première vue, rien n’a changé à Pise. Sur la place des Miracles, la tour est toujours là, immuable, majestueuse… et, penchée, sa marque de fabrique !

Des milliers de touristes se bousculent chaque jour, histoire de s’immortaliser en train de retenir sa chute, ou pour gravir son escalier en colimaçon de 293 marches et profiter d’un panorama incomparable sur la ville et la campagne toscane. Et pourtant, il y a une quinzaine d’années, le monde entier à craint pour sa survie. La tour risquait à tout moment de s’écrouler. Il  fallait agir vite.

Mais qu’est ce qui la fait pencher ?

Affaissement de terrain, erreur lors de la construction ou élucubration d’un architecte extravagant, un certain Bonanno Pisano ? Disons plutôt un sol trop meuble, trop sableux, trop argileux. La ville de Pise est construite sur une plaine alluviale. A peine le temps d’édifier les trois premiers étages de ce campanile de style roman destiné à abriter les cloches de la cathédrale qui lui fait face (et à qui il a très vite volé la vedette) que, déjà il s’incline.

En 1178, cinq ans après la pose de la première pierre, les travaux sont interrompus. Le sol s’est affaissé de 17 mètres côté sud ! Il faudra attendre 1272, presque un siècle, pour qu’ils reprennent. Quatre étages supplémentaires sont construits, en diagonale pour ne pas « déformer » le style penché de la tour. On a eu beau essayer de corriger l’inclinaison et lui redonner sa verticalité, notamment grâce à des piliers plus grands au sud qu’au nord, rien n’y fait. Nouvelle interruption des travaux de 1301 à 1350.

En 1372, le huitième et dernier étage, la chambre des cloches, est enfin bâti. L’édifice est achevé, mais il penche toujours. Et au fil des années cela ne va pas s’arranger, bien au contraire. Au milieu du XIVe siècle, l’inclinaison de la tour la plus surréaliste du monde est estimée à environ 1,47° (1,47 mètre entre le sommet et le sol). En 1993, elle atteindra 5,63°, plus de 5 mètres par rapport à son axe d’origine. Entre-temps la légende veut que Galilée ait testé sa loi de la chute des corps depuis le sommet.

Tour de pise

Tombera, tombera pas ?

Si tous les Pisans souhaitent bien sûr que leur tour reste penchée, dans les années 1980, elle donne des signes d’affaiblissement qui font craindre un effondrement définitif. Le monde entier retient son souffle. De vastes travaux sont décidés avant que l’irréparable ne se produise.

L’édifice est fermé au public en 1990 et, pendant un peu plus de dix ans, on va drainer la nappe phréatique sur laquelle il repose, le renforcer avec une structure en acier et des piliers de béton, poser des blocs de plomb sur son socle, entourer de câbles d’acier le premier étage, et même installer des « bretelles » pour ralentir l’inclinaison.

Fin 2003, le campanile a récupéré 50 cm par rapport à l’axe principal, ramenant son niveau d’inclinaison à celui qu’il avait à la fin du XVIIIe siècle. Mieux encore, le comité scientifique chargé de veiller sur la tour révèle qu’elle a récupéré, entre 2001 et 2013, encore 2,5 cm. Un redressement cette fois spontané, sans intervention humaine, et qui résonna comme un miracle sur la piazza dei Miracoli, la place des… Miracles.

Elle continue de bouger, mais cette fois dans le bon sens. Jusqu’où ? Jusqu’à ce qu’elle se soit (enfin) stabilisée, qu’elle ait trouvé son point d’équilibre affirment les experts. Une tour entièrement redressée dans les prochaines années ? Impossible. Et d’ailleurs qui le souhaite ? Sûr, elle gardera l’allure singulière qui a fait sa célébrité pour au moins trois siècles encore…

Une icône européenne au-delà de la carte postale

Si la tour attire autant de curieux chaque année, c’est qu’elle dépasse largement son statut de simple curiosité architecturale. Elle est devenue un symbole. On vient du monde entier pour la voir, mais elle parle d’abord à l’Europe. C’est une œuvre profondément ancrée dans l’histoire du continent, témoin d’un Moyen Âge audacieux où l’on bâtissait en grand, en marbre, et souvent sans filet.

Sa silhouette penchée est imprimée sur les t-shirts, les mugs, les guides touristiques. Mais derrière cette image figée se cache une histoire vivante, faite de tâtonnements, de doutes, de reprises et d’innovations techniques. Ce qui aurait pu rester un échec de chantier est devenu l’un des monuments les plus photographiés d’Europe, preuve que l’erreur peut parfois devenir chef-d’œuvre.

Pise, longtemps éclipsée par ses voisines florentines ou siennoises, doit beaucoup à cette tour. Elle en est presque devenue dépendante, comme si l’identité même de la ville reposait sur ses 5,63 degrés d’écart. Pourtant, en se promenant dans ses rues, on découvre une cité au riche passé maritime, fière de ses églises romanes, de son fleuve Arno et de ses vestiges médiévaux. Mais rien n’y fait : c’est la tour que l’on vient voir, la tour que l’on retient, la tour dont on parle ensuite, une fois rentré chez soi, quelque part en Europe ou plus loin encore.

Car au fond, cette tour nous parle aussi d’équilibre — ou plutôt de la recherche constante de celui-ci. Dans un monde en mouvement, elle penche, mais tient bon. Et c’est peut-être ce message-là qui, inconsciemment, continue d’émouvoir des générations entières de voyageurs.

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By Envie de Voyage

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